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Rituel Avodohôdji en pays Agonlin : Entretien exclusif avec Dah Kongnon Amancho Sodandjo

Plongé au cœur du plus ancien des rituels ancestraux encore pratiqués de nos jours en pays Agonlin, votre média en ligne Label Info Tv vous amène à la rencontre de Dah Kongnon Amancho à l’état civil, Victor SODANDJO. Instituteur à la retraite, Dah Kongnon Amancho est le doyen des Donkpingan (garant des rituels funéraires) du village Doga en particulier et en pays Agoblin en général regroupant les communes de Covè, Ouinhi et Zagnanado. Il nous livre dans cet entretien exclusif, les secrets du rituel quinquennal Avodohôdji en cours actuellement dans certains villages en pays Agoblin. Que retenir de ce rituel, son historique, les raisons pour lesquelles il est pratiqué et quel est son importance pour la communauté. Tout sur le rituel Avodohôdji, c’est avec Dah Kongnon Amancho dans cet entretien.

 Label Info Tv : Nous sommes en pleine cérémonie d’Avodohodji. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce que cela signifie. Pourquoi cette cérémonie a-t-elle lieu ?

Dah Kongnon Amancho : La cérémonie d’Avodohodji est partie de la manière dont nos ancêtres enterraient leurs défunts. Elle permet de s’assurer que les enterrements et les autres cérémonies respectent les normes transmises par les rois.

En quoi consiste cette cérémonie ?

 Dah Kongnon Amancho: Je vais partir de la cérémonie d’enterrement. Vous avez peut-être entendu parler de la cérémonie appelée Agonyo. Elle vient du terme « allons à Houègbo Agon », ce qui a donné Agonyo. Autrefois, après les enterrements, les gens devaient se rendre jusqu’à un lieu spécifique « Houègbo Agon » pour présenter aux rois comment la cérémonie avait été réalisée. Ce dernier devait vérifier que dans les reliques du pagne, aucun élément ne ressemble à celui destiné à l’enterrement des rois. En l’occurrence des pagnes de couleur rouge.

Quelle est l’importance de cette vérification ?

Dah Kongnon Amancho : Il s’agissait de montrer que les rites funéraires étaient bien respectés. Les rois ont eu pitié de nous et ont permis qu’un groupe de personnes qualifiées serve de liaison pour vérifier la faisabilité des rites. Ainsi, lorsque nous préparons des enterrements, nous réunissons l’assemblée, les fils du défunt et d’autres participants. Si nous annonçons que nous irons à Agon, cela signifie que tout se déroule selon les traditions établies. On faisait ça pour monter aux gens qu’il y a une réalité entre la vie et la mort et que les cérémonies d’inhumation ne sont pas des trucs anodins, mais importants qui doivent respecter les prescriptions données par le roi de Agon.

Cette cérémonie concerne-t-elle les vivants ou les morts ?

Dah Kongnon Amancho : Elle concerne les défunts des cinq dernières années. En effet, quand il y a un décès, lors de l’enterrement de ce dernier, le pagne que ses enfants ou la famille a donné pour mettre sur lui est divisé en deux. Une partie va dans le cercueil et la seconde partie reste avec le Donkpingan qui dirige la cérémonie d’enterrement. Ce sont ces secondes parties des pagnes avec lesquels on a enterré les défunts pendant les cinq dernières années que nous regroupons qui sont étalées sur la case sacrée. Ceci, pour monter que les cérémonies d’enterrement que nous avons fait pendant cinq ans, il n’y a aucun pagne qui ressemble à enterrer les rois. C’est ça Avodohôdji. Vous devez constater que ce n’est pas ça qui arrive, mais pour nous, au cours de la cérémonie, c’est ça nous voyons. Parce que nous faisons des cérémonies avec les pagnes et nous utilisons des potions de sorte que même si les enfants ou la famille du défunt amènent un autre pagne plus valeureux que celui utiliser lors de l’enterrement, nous dès qu’on récupère ça, c’est le pagne qui a servi à enterrer le défunt que nous voyons aller sur le toit. Donc, c’est pour cette vérification que tous les pagnes qui ont servi à enterrer les défunts sont étalés sur les cases. C’est purement spirituel.

Quel est le rôle des veuves dans cette cérémonie ?

Dah Kongnon Amancho : En principe pendant les cinq ans, toutes les femmes qui ont perdu leur mari doivent attendre cette cérémonie pour rendre hommage à leur mari. Supposons que nous finissons les cérémonies aujourd’hui, on décoiffe les cases, on brule tout et que demain, une femme perde son mari, c’est qu’elle doit attendre les cinq ans avant de pouvoir organiser la cérémonie pour son défunt mari. Sinon, elle ne sera plus considérée comme son épouse légitime dans l’au-delà.

Ne trouvez-vous pas que cette tradition pénalise la femme ?

Dah Kongnon Amancho : C’est une question de spiritualité. Après ces cinq années, les veuves affirment souvent qu’elles n’ont jamais vécu une expérience aussi intense spirituellement. Le fait de ne pas se laver pendant deux mois, par exemple, n’a aucun effet négatif sur leur santé. Donc, elles savent ce qu’il y a d’important dedans afin de garder l’harmonie avec le mari défunt.

N’y a-t-il pas une forme d’injustice dans cette tradition, où l’homme semble dominer la femme ?

Dah Kongnon Amancho : La domination masculine dans nos traditions est une réalité difficile à bannir, même avec des réformes modernes. Mais les femmes elles-mêmes acceptent cette tradition, car cela leur permet d’être mieux perçues par la communauté et d’honorer leur mari défunt. Donc il n’y a aucune contrainte à les amener à la cérémonie.

 Quel est le rôle du Tam-tam Satô dans cette cérémonie ?

Dah Kongnon Amancho : Ceux qui sont morts depuis cinq ans n’ont pas encore intégré le monde de leurs alleux. Ils sont comme en attente au bord de la mer. Le Tam-tam Satô annonce qu’ils sont prêts à entrer dans leur Nouveau Monde. C’est-à-dire que le Tam-tam Satô annonce que d’autres sont prêts à venir….d’autres sont prêts à intégrer l’égrégor familiale de l’au-delà où se trouvent les alleux.

Et les veufs ? Comment sont-ils pris en charge dans cette cérémonie ?

Dah Kongnon Amancho : Les veufs ne subissent pas autant de restrictions que les veuves, mais ils font tout de même des efforts pour honorer la cérémonie et respecter certaines règles. Vous devez constater que tous ceux qui ont perdu leur père, leur mère ou autre, ils nouent des pagnes à la hanche et ils font l’effort de respecter un peu ce que vivent les veuves. Ce n’est pas au même degré, mais ils font en sorte pour honorer leurs défunts.

Quel aspect culturel peut-on retenir de cette cérémonie ?

Dah Kongnon Amancho : Autrefois, cette cérémonie était entièrement cultuelle. La nuit, personne ne sortait et tout le monde restait attentif aux sons des tam-tams. Aujourd’hui, les choses ont évolué, même les enfants sortent pour venir voir le Sâto et les femmes également alors qu’avant, c’est du fond de ta chambre que tu peux entendre ce tam-tam résonner. Les gens portent de belles tenues aujourd’hui pour venir assister à la cérémonie pour suivre les danses du satô etc… donc malgré les améliorations, l’essence reste la même.

Comment se déroule la préparation spirituelle avant la cérémonie ?

Dah Kongnon Amancho : Premièrement, il y a les morts qui commencent par parler aux oreilles des donkpingan. Vous allez commencer par entendre de leur bouche… ‘’ je n’ai pas dormir hier nuit’’… et de bouche à oreille, on se réunit une nuit pour passer devant l’oracle. On fait alors une première consultation de Fâ permet de savoir si les âmes des défunts sont prêtes. Le message est ensuite porté au roi comme quoi, les défunts sont prêts à intégrer l’égrégore et donc il faut organiser la cérémonie. Le Roi demande alors : qu’est-ce que vous avez arrêté. On choisit alors un jour pour, une seconde consultation qui a lieu devant le roi. La troisième fois qu’on se retrouve, c’est pour faire les sacrifices de ce que l’oracle a révélé pour les deux consultations. Ensuite, ce sont les veuves et ceux qui ont perdu des parents qui viennent pour la troisième consultation. C’est ça l’étape d’Akangnigni. À cette étape, on vérifie la fidélité des femmes à leur défunt mari, des femmes s’évanouissent, d’autres parlent, etc… on essaie de les purifier et de les préparer pour les étapes à venir.

Y a-t-il eu des modernisations pour rendre ces pratiques plus adaptées aux réalités actuelles ?

Dah Kongnon Amancho : Oui! Avant, les veuves étaient enfermées dans les cases pendant plusieurs mois. Aujourd’hui, on a modernisé cette étape et elles sont rassemblées sous un arbre, ce qui est une approche plus souple. Nous avons également adapté certains rites pour préserver la dignité des participants.

Quel est l’impact de cette cérémonie sur la communauté ?

Dah Kongnon Amancho : vous allez constater que l’année à laquelle il a eu la cérémonie Avodohodji, il y a la prospérité. Donc c’est une cérémonie qui apporte la prospérité et l’équilibre dans la société. Après une cérémonie d’Avodohodji, la pluie tombe très bien, les récoltes sont abondantes et la communauté ressent une grande satisfaction. Nos enfants dans le village ou à la diaspora se sente à l’aise et ont une grande satisfaction. Sinon, cinq ans parfois sont trop longs pour certains.

Comment transmettez-vous cette tradition aux jeunes générations ?

Dah Kongnon Amancho : Tous mes enfants ont été à l’école. Ils comprennent ces rites et sauront les adapter tout en respectant l’essence de la tradition. Nous avons déjà supprimé certaines pratiques coercitives, et d’autres ajustements viendront avec le temps.

Cette cérémonie est-elle encore largement pratiquée ?

Dah Kongnon Amancho : Certaines régions ont cessé de la pratiquer, mais elles ont trouvé des cérémonies équivalentes pour jouer le même rôle spirituel. À Zonmon, on parle par exemple de Gouyitô. Dans un autre village, c’est la cérémonie Alindodô, etc…. Donc certains villages ont cessé de pratiquer le Avodohôdji ou carrément ne la pratiquent pas, mais ont d’autres cérémonies équivalentes qui convergent au même résultat.

 Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté ?

Dah Kongnon Amancho : Avec la multiplicité des religions, beaucoup s’éloignent de nos traditions. Mais il est important de voir les aspects positifs de ces rites et de ne pas les rejeter en bloc. Nous nous sacrifions pour organiser ces cérémonies afin de garantir la continuité de nos valeurs. Car nous n’avons pas de financement de qui que ce soit et nous sommes garants de la tradition et ce qui doit être fait doit se faire.

Un mot pour conclure cet entretien ?

Dah Kongnon Amancho : Ces cérémonies demandent beaucoup de ressources. Nous comptons sur le soutien de nos frères et sœurs, notamment ceux qui sont dans les grandes villes du pays ou à l’étranger, pour perpétuer nos traditions.

  

Entretien réalisé par Tognissè SOMALON

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